Les Trésors des Lamignak et des Margot-la-Fée
1. Trésors des Lamignak

En Franche-Comté, la Tante Arie — parfois appelée Dame de Milandre — était réputée veiller sur des richesses enfouies au fond des cavernes. La tradition situait sa demeure dans une grotte obscure proche du château de Milandre, entre Delle et Montbéliard. Selon les récits locaux, une force étrange attirait les visiteurs au fond de cet antre, « comme un aimant ». La fée y apparaissait assise sur son coffre-fort, tenant entre ses dents transparentes deux clés rouges comme le feu. On racontait que quiconque découvrirait, dans quelque grimoire, le moyen de saisir ces clés sans se brûler pourrait accéder au trésor et devenir immensément riche. (lire le texte ici)
Une autre tradition affirme toutefois que la clé du coffre se trouvait entre les dents d’un dragon crachant flammes et feu au cœur même de la caverne. Certaines versions de la légende prétendent qu’une fois par siècle, les pièces d’or sortaient du souterrain pour venir scintiller au clair de lune. Celui qui aurait connu le jour et l’heure exacts aurait pu les ramasser sans courir aucun danger.
Une ancienne croyance béarnaise entourait également le château de Beaumont-sur-l’Osse, réputé receler un trésor gardé par des fées dans une excavation souterraine. Un proverbe local affirmait :
« Que bau mez et casteyt d’Ousse
Que toute France e Saragousse. »
Autrement dit :
« Le château d’Osse vaut mieux que toute France et Saragosse. »
Chaque Jeudi saint, les enfants se rendaient près du lieu en chantant :
« Hate, hate, da-m argent, que-t darèy leyt e bren. »
Ce qui signifie :
« Fée, fée, donne-moi de l’argent, je te donnerai lait et son. »
les mystérieux trésors des Lamignak seraient cachés au fond de cavernes accessibles par de longues galeries souterraines. Ces passages obscurs seraient interrompus par des failles profondes où s’entasseraient des pièces d’or. Près du village d’Arbouet, plusieurs hommes du pays auraient tenté de s’emparer de l’un de ces trésors. Munis d’un livre destiné à rompre les enchantements, ils pénétrèrent dans la caverne. Un chat apparut d’abord devant eux. L’animal se montra étonnamment familier, leur faisant des caresses avant de disparaître dans l’obscurité. Peu après, un serpent surgit à son tour. Il entoura les hommes de ses replis et effleura leurs visages de son dard. Malgré l’étrangeté de la scène, les visiteurs ne cédèrent pas à la peur : le pouvoir de la lecture semblait les protéger. Alors qu’ils croyaient déjà voir émerger du sol les contours d’un coffre rempli d’or, une apparition terrifiante se manifesta soudain : un homme décapité, monté sur un cheval blanc. L’horreur de cette vision fut telle qu’ils abandonnèrent aussitôt leur quête et s’enfuirent hors de la caverne.
Une autre légende raconte qu’un pâtre pénétra dans une grotte des Lamignak où il contempla des merveilles surnaturelles. Il demanda alors à une Lamigna de lui offrir un chandelier d’or, qu’il déposa ensuite à Saint-Sauveur en offrande. Selon une variante du récit, ce précieux chandelier aurait en réalité été dérobé à une dame sauvage occupée à peigner ses cheveux avec un peigne d’or. (lire légende ici)
2. Trésors des Margot-la-Fée et des farfadets

Les traditions populaires des Côtes-d’Armor attribuent aux mystérieuses Margot-la-Fée d’immenses richesses cachées dans leurs demeures souterraines. L’une de ces fées remit un jour une clé à un pauvre couturier. Elle lui expliqua qu’elle ouvrait trois portes derrière lesquelles se trouvaient des trésors, et qu’il pourrait y prendre ce qu’il désirait. L’homme pénétra dans un souterrain débouchant sur une galerie où s’élevaient trois immenses tas de monnaies. Sur le premier, composé de louis d’or, reposait un mouton blanc ; sur le second, fait de pièces d’argent, se tenait un mouton un peu moins blanc ; sur le dernier, constitué de monnaies de cuivre, veillait un mouton gris. Le mouton blanc demanda au couturier qui l’avait envoyé, puis l’autorisa à puiser dans le trésor. L’homme remplit alors ses poches d’or jusqu’à en être chargé « comme un mulet ». Le mouton lui fit remarquer que, muni d’un sac, il pourrait emporter bien davantage. Pris par l’avidité, le couturier vida ses poches pour courir chercher un sac. Mais lorsqu’il revint, les portes avaient disparu.
Près d’une grotte presque inaccessible des gorges du Fier apparaissait, selon la légende, une mystérieuse dame blanche. Lorsque les tempêtes éclataient, son fantôme se montrait courbé sous le poids d’un sac rempli d’écus, laissant derrière lui des traces visibles de son passage. La tradition affirme qu’il s’agissait de l’ombre d’une châtelaine cruelle. Au temps d’une épidémie de peste, elle se serait réfugiée dans cette grotte avec ses trésors avant d’en faire murer l’entrée. Les esprits des ténèbres auraient ensuite reçu pour mission d’en garder l’accès.
Les farfadets vendéens étaient eux aussi réputés posséder d’immenses trésors cachés dans les cavernes impénétrables où ils vivaient. À Remonot, dans le Doubs, la célèbre grotte du Trésor — également appelée grotte du Diable — aurait renfermé, selon une tradition remontant au XVIIe siècle, des richesses gardées par un dragon ailé. D’autres récits évoquent encore les trésors considérables dissimulés dans la grotte de Vaux, près d’Amancey.
Selon une ancienne croyance liée à la grotte de la Balme, en Isère, les Vaudois massacrés dans ce lieu possédaient le pouvoir maléfique de transformer les pierres en lingots d’or. En 1859, des hommes auraient encore tenté d’y découvrir un trésor en creusant à minuit. Quelques années auparavant, un prêtre accompagné de deux sacristains serait parvenu à détacher de la voûte enchantée une pierre destinée, grâce à des incantations magiques, à devenir un bloc d’argent. Mais dès le lendemain, raconte la tradition, la pierre aurait quitté le sol d’elle-même avant de retourner se fixer à la voûte de la grotte.
3. Trésors laissés par des races persécutées. Difficultés de s’en emparer
Les habitants de Colombugne racontaient que les Sarrasins chassés du pays de Montmaur, s’étaient réfugiés dans une caverne de la montagne. Assiégés et refusant de se rendre, ils seraient morts de faim dans leur refuge. Avant de périr, ils auraient dissimulé le trésor de leur tribu dans une sorte de puits souterrain, enfermé dans une peau de chien. Ce récit rejoint de nombreuses légendes où des peuples vaincus abandonnent derrière eux des richesses devenues inaccessibles, comme si la terre elle-même avait choisi de les engloutir.
Dans les Hautes-Pyrénées circulaient également plusieurs récits de trésors cachés dans les grottes de montagne. L’un d’eux évoque un pâtre ayant découvert, au fond d’une caverne, une magnifique vaisselle d’argent. Ébloui par cette richesse, il remplit aussitôt son sarrau avant de quitter les lieux. Mais à peine sorti de la grotte, un coq rouge apparut derrière lui et se lança à sa poursuite. L’animal s’acharnait avec une telle violence contre le pauvre homme que celui-ci, croyant calmer sa colère, lui jeta progressivement les pièces d’argenterie qu’il transportait. Une à une, il abandonna toutes les richesses dérobées, jusqu’à ce que son sarrau soit entièrement vide.
4. Heures où ils se découvrent

La Pietra chiavata, littéralement « la pierre fermée à clé », désigne une grotte où le diable aurait caché ses trésors. Son nom vient d’une pierre noire incrustée dans le granit et dessinant la poignée d’une clé. Un berger découvrit un jour l’entrée ouverte et osa pénétrer dans la caverne. À la lumière des diamants enchâssés dans la voûte, il aperçut une table de marbre couverte de richesses et de vêtements innombrables. Il s’empara d’un bonnet pointu et l’essayait lorsqu’une voix retentit soudain : « O pastor ! » Terrifié, le berger s’enfuit. Mais lorsqu’il voulut revenir sur ses pas, l’entrée de la grotte s’était déjà refermée. La tradition raconte que cette grotte est habituellement gardée par un démon qui ne quitte son poste qu’au moment de la messe de minuit. À cette heure précise, tous les esprits des ténèbres descendraient aux Enfers pour pleurer la naissance du Sauveur. Pourtant, parvenir jusqu’à la grotte reste extrêmement difficile : il faut s’y rendre avant la tombée de la nuit afin d’éviter les pièges et les illusions semés sur le chemin. Un seul homme aurait presque réussi à atteindre le trésor. Alors que la porte allait s’ouvrir devant lui, un lutin grimpa sur le rocher contre lequel il s’était adossé et fit pleuvoir sur sa tête une avalanche de cailloux, le forçant à battre en retraite. Le trésor des Fols de l’Allier serait ainsi enfoui sous la grotte où vivait autrefois cette tribu. La dalle de pierre qui le recouvre se soulèverait d’elle-même à deux moments précis :
- pendant la messe de minuit de Noël, au moment de l’élévation ;
- le jour des Rameaux, lorsque le prêtre frappe trois coups à la porte de l’église.