Des Mairiacs et des Fols habitaient les grottes ?

1. Les Sarrazins

Grotte des Sarrazins, Annecy

Le souvenir ou le nom de peuples envahissants ou persécutés se rattachent à quelques cavernes ; mais les légendes qu’ils supposent n’ont pas toujours été recueillies.

Les habitants d’Allevard (Isère) disent que les Sarrasins habitèrent longtemps des grottes redoutées. A Mantilly une caverne s’appelle Maison des Sarrasins ; jadis on n’osait passer auprès, parce qu’un taureau noir se cachait au fond. Les cavités dans les rochers sont assez souvent désignées en Hainaut sous le nom de Trous de Sarrasins. Le peuple raconte que les Sarrasins étaient des fondeurs de fer voyageant d’un endroit à l’autre. Ils avaient des fours portatifs et les campagnards montrent les scories que ces nomades auraient laissées derrière eux, et qui s’appellent « creyas de Sarrasins ». Il est assez vraisemblable qu’il s’agit ici, comme pour les Fols, de Bohémiens fondeurs de métaux ; ils sont encore en plusieurs pays de France désignés sous le nom de Sarrasins, avec des formes dialectales.

A Annecy, il existe une grotte des Sarrazins qui doit son nom aux légendes locales qui racontent qu’elle servait de refuge aux Sarrasins, terme utilisé au Moyen Âge pour désigner les musulmans par les chrétiens européens. Selon ces récits, lors de l’invasion arabe du VIIIe siècle, les envahisseurs auraient utilisé la grotte comme cachette. Il est assez vraisemblable qu’il s’agit ici, comme dans le récit qui suit, de Bohémiens fondeurs de métaux ; ils sont encore en plusieurs pays de France désignés sous le nom de Sarrasins, avec des formes dialectales.

2. Les Fols

Halte des Bohémiens d’après Sébastien BOURDON, graveur Laurent vers 1840

Des gens qui n’avaient rien de commun avec les honnêtes chrétiens du voisinage vivaient, il y a bien longtemps, dans la grotte de la Pierre folle de Besson. Les hommes ne travaillaient pas, les femmes allaient mendier dans la campagne, et on leur faisait l’aumône par crainte de leurs sortilèges. Les Fols, c’est ainsi qu’on les appelait, ne ressemblaient pas aux gens du pays ; ils avaient le teint basané et les cheveux noirs et lisses. Les femmes avaient des mamelles si longues qu’elles les rejetaient par-dessus leurs épaules pour être plus à l’aise. Les derniers Fols auraient disparu vers la fin du XVIIIe siècle. Il est probable que quelque tribu de Bohémiens s’était fixée dans cette solitude ; plusieurs des caractères physiques des Fols se rapportent assez à certains de ceux des Tsiganes ou Romanichels.

3. Mairiacs ou Maures

Tableau représentant l’acteur Ira Aldridge, incarnant Othello, général Maure de l’armée vénicienne dans la pièce éponyme.

Les Mairiac, dont le nom a été traduit par Maures, et qui semble en effet désigner ce peuple envahissant, transformé par la légende, habitaient des cavernes. Ils étaient beaux, grands et forts ; ils sont assez mal définis, et on les représente comme associés aux Lamignak ; toutefois ils étaient bien plus méchants qu’eux. Ce fut Roland qui les chassa ; mais pas complètement, puisque l’on raconte que tous les ans, lorsque le cheval du paladin apparaissait sur le Pont d’Espagne et y faisait entendre son formidable hennissement, ils allaient se réfugier dans leurs grottes.

4. Proscrits se réfugiant dans les grottes

D’après la tradition la Baouma de las Doumaiselas, dans l’Hérault, servit d’asile aux réformés, qui peut-être trouvèrent aussi un refuge dans les trois grottes de Lascelle (Puy-de-Dôme), dites Chambres des Huguenots. Certaines cavernes abritèrent des proscrits pendant la Révolution. Un fermier du Bocage normand cacha deux gentilshommes dans la Grotte aux Fées, petite excavation qu’on voyait dans les rochers de la vallée de la Vère. Un soir une lueur y fut aperçue et l’émoi se répandit dans le voisinage. Heureusement le fermier, qui connaissait les idées superstitieuses du pays, attribua aux fées ces lumières mystérieuses, et personne n’osa plus approcher de ce lieu. Le marquis de Segrée-Fontaine fut aussi caché par un de ses serviteurs dans la Grotte aux Fées des Roches d’Oitre. Une famille noble trouva pendant plusieurs mois une retraite dans une espèce de grotte au milieu des bois du Châtelier, qui porte le nom de Chambre à la Dame, parce qu’elle était hantée par les esprits et par une fée.

5. Les voleurs et les faux-monnayeurs ; grottes sépulcrales

D’après les paysans des environs de Dolaison dans la Haute-Loire, Mandrin avait choisi des cavernes naturelles pour y faire de la fausse monnaie. La belle grotte de La Balme (Isère) passait pour avoir servi de refuge à des voleurs et à des contrebandiers ; le souvenir de Mandrin s’y rattachait aussi ; on disait même en 1890 que ce personnage y avait donné rendez-vous au général Boulanger et à don Carlos (Revue des Traditions populaires, t. V, p. 434). Cette association de personnages de diverses époques n’est guère plus extraordinaire que les légendes bretonnes qui représentent César en conversation avec Anne de Bretagne). La plus profonde des grottes qui s’ouvrent à la base du roc de Chère sur le lac d’Annecy s’appelle le Grand Pertuis ; diverses légendes lui donnent comme habitants des fées, des Sarrasins, des faux-monnayeurs, et ceux-ci, disait-on, l’avaient divisée en deux étages : celle de Pommiers dans le Beaujolais avait servi à la même industrie coupable ; on y voyait encore des bancs creusés dans la roche ayant servi à attacher les prisonniers des seigneurs voisins, et des dessins très étranges.

Jusqu’ici on n’a relevé qu’un assez petit nombre de noms en relation avec la destination sépulcrale, pourtant incontestable, de beaucoup de cavernes. Il y avait dans l’Ariège une grotte de l’Homme mort ; dans le Gard, une grotte des Morts, près de Durfort, passait d’après la tradition locale, pour contenir les ossements des Camisards.