Les lutins sylvestres

Un petit lutin de la forêt féerique, rendu 3D

1. Lutins porte-feux

Le Korrigan, illustration par Folklore Dracques

Certaines traditions locales évoquent des lutins qui semblent jouer avec le feu et la peur des hommes. Dans le pays de Vaud, un esprit discret nommé Nion-nelou se cache au milieu des arbres. Selon la légende, nul ne l’entend, mais sa présence est ressentie par ceux qui s’aventurent trop près de son domaine.

Dans le Jura bernois, la petite forêt de Montoie abriterait le foulla, un lutin malicieux connu pour troubler hommes et animaux. Les habitants racontent qu’ils le voient sous la forme d’un feu circulant dans le bois, semblant les suivre. À tel point que beaucoup évitent encore de s’aventurer seuls dans cette forêt, redoutant la malice du foulla.

D’autres régions possèdent leurs propres lutins feuillus. En Argonne, les Hannequets apparaissent la nuit, petits hommes coiffés de flammes rouges. En Basse-Bretagne, les lutins des bois se nomment Kornikaned, car ils chantent dans de petites cornes suspendues à leur ceinture. Certains, comme les Poulpicans, se font remarquer en trompant les jeunes bergers : ils font tinter des clochettes sous les arbres, pour égarer les pâtres à la recherche de leurs chèvres.

2. Divers lutins

Fouletot / Felteu

Les lutins se montrent parfois espiègles et mystérieux. À Cosnay, dans les Ardennes, les femmes qui lavaient le linge au ruisseau des Goulets vivaient une expérience surprenante. Lorsqu’elles étaient en grand nombre, rien ne se passait. Mais lorsqu’elles n’étaient que trois ou quatre, elles entendaient des cris étranges : « O Couzzietti ! O Moule de Coutteni ! » ; rapidement, les arbres tremblaient, les branches se brisaient, et elles apercevaient, par les clairières, de petits nains grimaçants bondissant près du ruisseau. Effrayées, elles fuyaient au village, abandonnant leur linge, et lorsqu’elles revenaient en nombre, les gnomes et le linge avaient disparu.

Un autre récit nous transporte dans le bois de Noyers, il y a environ deux cents ans. Une cuisinière, revenant d’une noce, traversait le bois à la nuit tombée. Soudain, elle découvrit plus de soixante felteus, petits hommes, réunis autour d’un grand feu en trois cercles concentriques. Le cercle le plus large était composé de palfreniers s’occupant des plus beaux chevaux du pays. Dans le second cercle, des violoneux jouaient des airs désordonnés, et le plus proche du feu, des marmitons préparaient les légumes et volailles que la cuisinière avait perdus à la noce.

Le père felteu, un petit vieillard à longue barbe blanche, vêtu d’une veste, culotte et toque rouge, la remarqua. Les lutins l’entourèrent et chantèrent sur l’air de Malbrough :

« Voilà la cuisinière
Par la grâce de Dieu,
Qui va faire bonne chère
Au bon p’tit felteu. »

Malgré sa frayeur initiale, la cuisinière comprit que ces lutins farceurs n’avaient que la réputation d’être espiègles. Elle se joignit à eux pour préparer le repas, et chaque felteu, ainsi que le vieux père, lui remit des pièces d’or en récompense. À l’aube, les lutins disparurent avec toute trace de leur festin. Selon la tradition, l’esprit du Fiestre aimait aussi arrêter les conducteurs à la lisière des bois ou imiter les cris des animaux pour tromper les bergers, les poussant à courir à la recherche de leur bétail supposé égaré.

3. Lutins de la Saint-Jean

Feu de la Saint-Jean

En Gascogne, la nuit de la Saint-Jean révèle une tradition particulière liée aux lutins et esprits des forêts. Un homme, s’étant endormi sous un sapin dans la forêt de la Grande-Lande, se réveilla à minuit en entendant des cris venant du haut des arbres et du sol. À sa grande surprise, il vit tomber des esprits de toutes sortes : mouches, vers luisants, mais aussi des créatures sortant de terre, parmi lesquelles des lézards, grenouilles et salamandres.

De ces formes minuscules, d’à peine un pouce, surgissaient des hommes et des femmes vêtus de rouge, brandissant des fourches d’or à trois pointes. Tous chantaient et dansaient jusqu’à l’aube :

« Toutes les herbettes
Qui sont dans les champs
Fleurissent et grainent
Le jour de la Saint-Jean.
»


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