De quoi se composent les tréfonds de la Terre ?

Une des anciennes galeries souterraines, à Cherbourg-en-Cotentin (Manche)

1. Idées générales

Recueillies en France, en Wallonie et en Suisse romande, des légendes rapportent que la terre que nous foulons ne serait pas une masse compacte, mais un ensemble complexe de cavités, de galeries et de profondeurs multiples :

  • le sol serait percé de trous parfois superficiels,
  • ou de passages très profonds,
  • menant à de véritables microcosmes souterrains.

Dans certains cas, ces galeries conduiraient même à de véritables mondes organisés, situés à différents niveaux sous la surface. Il est important de noter que ces idées ne forment pas un système uniforme. Aucune tradition ne propose une description complète et structurée de ces mondes souterrains. On observe plutôt :

  • des éléments communs, comme la présence de grottes ou de galeries,
  • mais aussi des particularités locales, limitées à une région, voire à un seul lieu.

Certaines croyances n’ont été relevées que dans deux ou trois régions, tandis que d’autres semblent totalement absentes ailleurs.

Quelques-unes de ces idées présentent des ressemblances avec les croyances de l’Antiquité classique, notamment celles qui évoquent des mondes souterrains ou des royaumes invisibles. D’autres, plus difficiles à rapprocher de traditions connues, pourraient être les vestiges de cultures anciennes ou de conceptions religieuses très anciennes, peut-être antérieures à l’époque historique.

Il est possible que ces récits constituent :

  • des survivances de systèmes de pensée disparus,
  • des fragments d’anciennes cosmogonies (récits mythologiques qui décrient ou expliquent la formation du Monde),
  • ou encore des traces de visions du monde aujourd’hui oubliées.

2. Tableau des conceptions populaires de l’intérieur de la terre

Les profondeurs de la terre se divisent en deux grandes catégories :

  • des parties solides, creusées de cavités et de compartiments ;
  • une partie aqueuse
  • une partie centrale ignée, assimilée à une région de feu, proche de l’enfer.

Paul Sébillot imagine une coupe verticale de la terre, allant de la surface jusqu’aux profondeurs les plus extrêmes. Il choisit comme ligne de séparation le niveau de la mer, considéré comme un point zéro. Cette idée s’appuie sur certaines traditions selon lesquelles la terre flotterait sur les eaux, et où la mer joue un rôle important dans les récits souterrains. À partir de cette ligne, il distingue deux grandes zones :

  • les formations proches de la surface,
  • les mondes situés dans les profondeurs.

Les cavités entre la surface et le niveau de la mer regroupe les formes les plus accessibles ou les plus proches du monde visible.

A) Les mardelles, connues surtout en Berry, sont des dépressions peu profondes. Elles ne sont reliées au monde souterrain que par les croyances et hantises qui les entourent.

B) Les grottes, présentes presque partout, s’ouvrent généralement dans les flancs rocheux. Certaines sont de petite taille, d’autres sont réputées immenses, et peuvent même être considérées comme l’entrée d’un autre monde.

C) Il existerait aussi des galeries souterraines invisibles, dont l’accès n’est pas connu. Leur présence est révélée uniquement par des bruits ou des voix mystérieuses, attribuées à leurs habitants.

D) Des sortes de puits obliques s’enfoncent dans le sol, formant parfois des structures comparables à des cirques. Dans la Suisse romande ou le Pays basque, ces ouvertures sont censées mener à des cavernes habitées par des êtres surnaturels.

E) La mer se prolonge sous la terre sous forme de baies intérieures ramifiées, recouvertes d’une voûte rocheuse. Ces espaces constituent des zones intermédiaires entre le monde terrestre et les profondeurs.

Sous cette ligne symbolique se trouvent des microcosmes souterrains, souvent plus éloignés et plus mystérieux.

F) Des galeries souterraines creusées par des animaux gigantesques qui rongeraient l’intérieur de la terre. Ces galeries pourraient atteindre des profondeurs considérables tout en se rapprochant parfois de la surface.

G) À une profondeur indéterminée, mais proche du centre du globe, se trouverait la région où vivent des géants responsables des tremblements de terre.

H) Certains contes décrivent un monde souterrain enchanté et complet, doté d’un ciel, d’un soleil et d’un environnement similaire à la surface.

I) Une autre croyance évoque une mer des morts, souterraine et profonde, située près de la région ignée. Les morts devraient la traverser en bateau pour atteindre leur destination finale, sans que l’on sache comment ils y accèdent.

J) Enfin, les traditions placent l’enfer dans les profondeurs extrêmes : une vaste région de feu assimilée à une fournaise ardente, parfois reliée à la surface par des puits ou des ouvertures d’où s’échappent des fumées.

3. La mer souterraine ; sa proximité de l’écorce terrestre

Dans la tradition de la Bretagne celtique, la péninsule armoricaine est réputée reposer sur un océan souterrain. Plusieurs récits sont avancés pour en apporter la preuve. L’un des plus célèbres concerne la source de Coat ar Roc’h : un canard y aurait été jeté et serait réapparu une semaine plus tard dans la rivière de Landévennec, au fond de la rade de Brest (Anatole le Braz dans Les saints bretons d’après la tradition populaire en Cornouailles).

Dans plusieurs régions de Haute-Bretagne, on affirme que la mer pénètre sous la terre en formant de véritables bras souterrains. Cette idée apparaissait notamment lorsqu’on rencontrait des eaux difficiles à évacuer lors de travaux : on expliquait alors le phénomène par l’ouverture accidentelle d’une « veine de mer ». Selon ces croyances :

  • l’eau salée ne remplit pas toujours entièrement les cavités,
  • une voûte rocheuse mince peut les recouvrir,
  • et celle-ci pourrait céder sous un poids trop important.

Une anecdote illustre cette crainte : une duchesse de Rohan, traversant en carrosse une zone proche de la source du Gouessant, à une trentaine de kilomètres de la mer, aurait demandé à son cocher de presser l’allure, convaincue qu’un bras de mer passait sous la route.

Si la Bretagne offre les exemples les plus nets, la croyance en une mer souterraine existe aussi ailleurs en France. En Gascogne, une tradition affirme que la mer s’étend sous l’église dédiée à saint Caprais à Agen. Des mariniers auraient entendu, en passant en dessous, la musique de l’orgue et les voix des enfants de chœur. Dans l’Orne, près du menhir de Mesnil-Briouze, les habitants pensent que la pierre communique avec l’océan. En collant l’oreille contre le menhir, ils disent entendre le bruit de la mer.

Des traditions vont encore plus loin en attribuant à certains lieux le pouvoir de retenir ou de libérer la mer. Près de Dinan, le site de Saint-Samson est considéré comme la clé de la mer. On affirme que si cette clé venait à être enlevée, la mer envahirait toute la France. La légende évoque trois clés :

  • l’une détenue par une femme de Bretagne avec l’aide du diable,
  • une autre située dans des pays lointains,
  • et celle de Saint-Samson.
Menhir de Saint-Samson, l’une des trois clés de la mer, environ de Dinan

Dans le Morbihan, une tradition rapporte que le Blavet prenait autrefois sa source dans un lieu appelé l’œil de mer, décrit comme un puits de l’abîme. Avant d’être maîtrisé et réduit, ce lieu était considéré comme dangereux pour les habitants. On croyait qu’il communiquait à la fois avec les régions infernales et avec l’océan, par des galeries souterraines.

4. La mer que traversent les morts

La Barca de Caronte, tableau de Jose Benlliure Gil

Les récits évoquent une « mer qui est au-dessous de nous », distincte de la mer souterraine reliée à l’océan. Ses caractéristiques sont bien particulières :

  • elle est située à une grande profondeur,
  • elle ne communique pas avec l’océan,
  • aucun vivant ne peut y naviguer,
  • elle est accessible uniquement aux âmes des défunts.

Les rives de cette mer abritent un lieu appelé le « passage des morts », dont le nom même suggère un éloignement extrême du monde des vivants. Les défunts doivent traverser cette mer à bord d’une barque, comparable à celle du passeur mythique Charon, bien que décrite de manière plus vague dans les traditions bretonnes. Cependant, les récits ne précisent pas comment les morts parviennent jusqu’à ce rivage. Ce point reste obscur, contrairement à d’autres traditions où des barques visibles viennent chercher les âmes pour les conduire vers des îles mystérieuses à travers l’océan.

La réalité de cette traversée posthume est renforcée par plusieurs usages funéraires. Dans certaines communes des environs de Dinan, on plaçait dans le cercueil un morceau de pain bénit des relevailles et destiné à nourrir le défunt durant son voyage sur la mer souterraine. D’autres pratiques rappellent le paiement du passage : en Bugey, on déposait une pièce de monnaie dans la main du mort (per to barquo), dans plusieurs régions de la Gironde, cette coutume subsiste encore, la pièce servant à payer la traversée.

Une fois la traversée achevée, certains récits décrivent un parcours singulier pour les âmes destinées à l’enfer. Elles empruntent un chemin fleuri, jalonné de quatre-vingt-dix-neuf auberges où elles peuvent boire librement. Mais la centième étape est fatale :

  • il s’agit de la maison du diable,
  • marquant l’entrée dans le lieu des supplices,
  • dont nul ne revient.

Cette tradition des 99 auberges est également connue en Basse-Bretagne, notamment à travers les récits recueillis par Anatole le Braz dans Légende de la Mort. Selon les versions, ces auberges peuvent aussi apparaître sur le chemin du Paradis.

Dans les régions où cette croyance a été observée, tous les morts semblent devoir accomplir cette traversée. Toutefois, les récits restent imprécis sur plusieurs points : que deviennent les âmes destinées au Purgatoire ? comment accèdent celles promises au Paradis à leur destination ? Il est possible qu’autrefois, ces traditions s’inscrivaient dans une vision plus globale, où le monde souterrain constituait une sorte de centre des destinées des morts. Cette idée rappelle les conceptions antiques de l’Enfer comme royaume des ombres, telles que les ont décrites Homère ou Virgile.

Malgré sa richesse, cette tradition reste géographiquement limitée et fragmentaire. Aucune description précise ne situe clairement le Purgatoire ni le Paradis dans les profondeurs de la terre.

5. L’Enfer et sa situation

Fontaine ardente, Saint-Barthelemy

L’enfer occupe une place centrale dans la représentation du monde souterrain. Souvent décrit comme une région de feu située au cœur de la terre, il est à la fois lointain, inaccessible… mais parfois étonnamment proche. Selon l’idée la plus répandue parmi les populations rurales, l’enfer se trouve à l’intérieur du globe terrestre, à une grande profondeur. Au XVIIIᵉ siècle, en Bretagne, on affirmait qu’il était situé : au centre de la terre, à environ 1250 lieues sous la surface.

L’enfer est généralement décrit comme une fournaise ardente, ce qui le rapproche de phénomènes naturels liés à la chaleur souterraine. Certaines manifestations visibles à la surface étaient interprétées comme des signes de sa présence :

  • des sources chaudes,
  • des lacs à température élevée,
  • ou encore des émanations de gaz enflammés.

Ces éléments renforçaient l’idée que le feu infernal pouvait, en certains endroits, remonter vers la surface de la terre. Malgré son éloignement supposé, plusieurs traditions affirment que l’enfer est parfois proche de la croûte terrestre, ou du moins qu’il communique avec elle. Dans les Alpes-Maritimes, les Laghi d’Inferno sont réputés être en relation directe avec l’enfer. Près de Grenoble, à Saint-Barthélemy, la Fontaine ardente constituait un autre exemple frappant : des flammes s’en échappaient à certaines périodes. Selon les croyances : ces flammes provenaient soit du Purgatoire, soit directement de l’Enfer. En réalité, il s’agit de sources naturelles de gaz inflammable (naturellement exprimé par le sol) et dont la flamme est autoentretenue ou peut être facilement rallumée.

6. Communications avec le monde extérieur. Les puits et les clés de l’enfer

Gouffre (puits) de Poudry, Doubs

Certaines excavations sont considérées comme des accès directs à l’enfer ou à ses abords. Dans le Doubs, le Puits de Poudry est réputé communiquer avec le monde infernal. Une légende raconte qu’une jeune fille, chassée de chez elle après avoir été séduite, y rencontra le diable. Celui-ci la persuada de se jeter dans le puits pour échapper au déshonneur. Elle accepta, mais, prise de repentir au moment de la chute, elle fut condamnée non pas à l’enfer, mais à accomplir mille ans de purgatoire dans le puits. Depuis lors, dit-on, lorsqu’un passant y jette une pierre, le bruit entendu serait la plainte de la pénitente, frappée par la pierre.

À Landebia (Côtes-d’Armor), on montre un trou circulaire réputé sans fond. Les habitants affirment que : les pierres qu’on y lance ne produisent aucun bruit en tombant, des vapeurs s’en échappent parfois. Ces phénomènes alimentent la croyance selon laquelle il s’agit d’un soupirail de l’enfer, une ouverture par laquelle remontent les signes du monde souterrain.

Dans la forêt de Longboël (Seine-Inférieure), avant les défrichements, existait un lieu appelé trou de saint Patrice, considéré comme une entrée vers les supplices éternels. En Basse-Bretagne, plusieurs récits évoquent également le puits de l’enfer, sans toujours préciser s’il s’agit : d’un passage vers l’enfer, ou de l’enfer lui-même. Cela pourraient être liées à l’image religieuse du Puteus abyssi (le « puits de l’abîme »), souvent utilisée dans les sermons pour évoquer le châtiment des pécheurs.

Des croyances ne se contentent pas d’évoquer des ouvertures : elles parlent aussi de clés capables de fermer ou d’ouvrir l’enfer. En Haute-Bretagne, le menhir de Saint-Samson, déjà considéré comme une clé de la mer, est également vu comme l’une des clés de l’enfer. Une légende raconte que le diable tenta de s’en emparer afin d’ouvrir plus largement l’accès au monde infernal et y précipiter davantage de pécheurs. Mais saint Samson, aidé de saint Michel, parvint à repousser le démon et à préserver cette clé.

7. La terre qui s’ouvre sous les damnés et les maudits

Plusieurs légendes décrivent une sanction instantanée : la terre s’ouvre au moment même du crime ou du sacrilège. Dans l’Aube, un valet de Ramerupt, n’ayant pu triompher de la vertu de sainte Tanche, lui trancha la tête. Pour ce crime, il fut englouti sur le lieu même. En Haute-Bretagne, des danseurs qui continuaient leur divertissement lors du passage du Saint-Sacrement furent également punis : la terre s’ouvrit sous eux et les fit disparaître.

Ailleurs, la terre ne se contente pas d’engloutir : elle devient une porte vers l’enfer, s’ouvrant pour laisser passer les damnés. En Haute-Bretagne, une revenante condamnée invite son fiancé à un repas nocturne. Lorsque le moment arrive, la terre s’ouvre et elle disparaît dans les profondeurs. Un autre récit breton raconte qu’une femme, à l’agonie, demande pardon à sa sœur, qui refuse. Après sa mort, elle revient entourée de flammes, poursuit sa sœur, et lorsque celle-ci est atteinte, la terre s’ouvre et les engloutit toutes deux. Dans une variante, une jeune fille maltraitée maudit sa sœur avant de mourir. Revenue d’entre les morts, elle l’entraîne avec elle dans une chute vers « le puits de l’enfer », criant leur destin.

Après avoir été tourmentée par la marquise de Trévarez, Ar Loncheghez Coz ou la Vieille Goulue, les habitants font appel à un exorciste. Une fois la revenante « conjurée », la terre s’ouvre pour l’engloutir définitivement. Ce type de récit montre que la terre agit comme un moyen de rétablir l’ordre, en renvoyant les esprits perturbateurs vers le monde souterrain. D’autres histoires mettent en scène des fautes moins spectaculaires, mais néanmoins graves dans la morale populaire. En Lorraine, une jeune fille qui avait volé un drap dans un cimetière voit la terre s’ouvrir sous ses pas au moment où elle tente de le rapporter.

8. Pénitence entre le sol et l’enfer de personnages engloutis ou de cités

Dans les Landes, la légende raconte que l’avare Vidau de Bourns, englouti pour avoir refusé d’aider les pauvres, continue de se lamenter sous terre. Ses cris sont accompagnés des aboiements de ses chiens, eux aussi condamnés à partager son sort. Sa peine est sans appel : il doit expier jusqu’à la fin du monde, dans cet espace intermédiaire, ni tout à fait enfer, ni véritable purgatoire.

D’autres récits décrivent des groupes condamnés à poursuivre indéfiniment leur activité, comme une forme de pénitence. Aux environs de Pont-Audemer, la Croix des Magnants rappelle l’histoire de chaudronniers ambulants disparus après un acte d’impiété. Selon la tradition, on entend encore sous terre le bruit régulier de leurs marteaux, qu’ils doivent continuer à manier jusqu’à la fin des temps. En Berry, une légende similaire évoque des scieurs de long punis pour avoir scié la Croix Moquée. Dans le silence des nuits, on percevrait encore le va-et-vient de leur scie, signe de leur châtiment éternel.

Certaines traditions ne concernent pas seulement des individus, mais des groupes entiers ou même des villes. En Basse-Bretagne, la procession de sainte Mona se serait enfoncée sous terre à la suite d’un méfait oublié. Toutefois, elle n’est pas condamnée pour toujours : si certaines cérémonies étaient accomplies, elle pourrait revenir à la surface, avec ses bannières et son recteur. Cette situation rappelle celle de la célèbre cité d’Is, elle aussi engloutie, mais considérée comme endormie plutôt que détruite. Dans les Côtes-d’Armor, près de Corseul, une tradition évoque une ancienne ville disparue sous terre, appelée l’Abbaye. Des vapeurs blanches aux formes étranges s’en échappent parfois. Selon la croyance :

  • la ville n’est pas morte,
  • elle est simplement en sommeil,
  • et elle se réveillera un jour, transformant le pays en un lieu comparable au Paradis terrestre.

Les récits ne concernent pas uniquement les humains : la terre peut également engloutir des animaux ou des objets, souvent en punition d’un acte interdit. Dans une légende corse, les bœufs et la charrue d’un homme labourant le jour de Noël disparaissent sous terre au dernier coup de cloche de midi. Dans une gwerz bretonne, la sorcière Jeanne affirme que pour détruire un maléfice, il faut le déposer au milieu d’un champ : la terre s’ouvrira alors pour l’engloutir.

9. Descentes de vivants aux enfers

Les itinéraires menant à l’enfer sont rarement décrits avec précision, mais certains éléments reviennent régulièrement. Les personnages empruntent : de longues galeries sombres, des souterrains étroits, ou des passages souterrains qui semblent sans fin. Après des heures de marche dans l’obscurité, ils débouchent dans des lieux impressionnants : de vastes salles remplies de chaudières bouillantes, des espaces où des sièges chauffés par le feu servent de supplices, ou encore des structures semblables à des châteaux en flammes. Dans ces récits, l’enfer est un espace organisé, occupé par des démons actifs. Ils entretiennent le feu, attisent les braises et surveillent les lieux de supplice. Leur présence renforce l’idée d’un monde structuré, où le châtiment est administré de manière permanente.

Un exemple frappant est fourni par un conte de la région de Menton. Une jeune fille épouse un homme qui se révèle être le diable lui-même. Celui-ci la conduit dans une grotte profonde, véritable accès au monde infernal. Elle y découvre : des marmites bouillonnantes, posées sur un brasier ardent, image classique des tourments infligés aux damnés.

Contrairement aux morts, les vivants qui descendent aux enfers semblent y accéder de manière exceptionnelle : par accident, par tromperie, ou à la suite d’un pacte ou d’une rencontre surnaturelle. Ces récits servent souvent d’avertissement, illustrant : les dangers du mal, les conséquences des choix humains, et la proximité possible de l’enfer.

10. Lutins et animaux fantastiques de l’intérieur du globe

En Basse-Bretagne, il se racontait que le royaume des kourils s’étendait sous terre, bien au-delà des mers et des rivières. Dans ces profondeurs, l’intérieur du globe abriterait également un peuple mystérieux : les cornandons.

Selon une croyance relevée au début du XIXᵉ siècle dans cette même région — et rarement mentionnée ailleurs — notre planète serait traversée de galeries souterraines. Ces passages ne seraient pas naturels, mais creusés par des animaux fantastiques. Dans certains cantons, on affirmait même que l’intérieur de la Terre était habité par des rats gigantesques. Leur taille serait telle qu’un homme à cheval pourrait entrer sans difficulté dans leurs galeries.

La croyance populaire allait encore plus loin : si l’on pouvait atteindre le fond de ces galeries, on y découvrirait d’immenses richesses. Les ossements gigantesques retrouvés dans certaines régions seraient d’ailleurs attribués à ces créatures colossales. Mais cette légende ne s’arrête pas à la fascination. Elle porte aussi une dimension inquiétante : ces rats, se multipliant sans cesse, finiraient par ronger le centre même de la Terre. Un jour, selon cette vision, la surface du monde s’ouvrirait, provoquant l’effondrement de la Terre et engloutissant les hommes.

11. Les géants et les tremblements de terre

Château de Lesneven

Dans le Luxembourg belge, une ancienne tradition raconte qu’autrefois, des géants dotés d’une force extraordinaire vivaient dans les entrailles du monde. Ces créatures colossales se livraient à des combats fréquents, d’une violence telle que beaucoup y laissèrent la vie. Cependant, certains auraient survécu. Parmi eux, deux géants occupent une place particulière dans l’imaginaire : l’un réside au nord, l’autre au midi. Tous deux avanceraient lentement l’un vers l’autre, portant sur leurs épaules une montagne gigantesque. Selon la légende, leur rencontre serait inévitable. Le jour où ces deux géants se retrouveront, ils s’engageront dans une lutte sans merci. Ce combat titanesque entraînerait alors la destruction du globe lui-même.

La légende ne s’arrête pas à cette prophétie. Elle propose aussi une explication aux phénomènes naturels. Dans les environs de Lesneven, en Bretagne, une autre interprétation populaire existe. Bien que les tremblements de terre y soient rares, les paysans attribuent ces phénomènes à des forces occultes. Selon eux, ces secousses seraient causées par les coups que se portent, en plein combat, les esprits malins et les sorciers habitant les souterrains du château de Lesneven.

12. Monde merveilleux souterrain

Les légendes liées aux grottes terrestres et aux cavernes marines évoquent parfois l’existence de véritables microcosmes cachés. Ces mondes mystérieux seraient accessibles à ceux qui osent s’aventurer dans les profondeurs. Cependant, la plupart de ces univers souterrains restent proches de la surface, comme s’ils étaient simplement dissimulés sous nos pieds. Ils diffèrent en cela d’autres récits plus rares, où ces mondes se situent à des distances considérables, presque hors du temps et de l’espace.

Dans un conte originaire de Menton, le héros entreprend un voyage hors du commun. Pour atteindre le jardin d’un palais enchanté, il doit traverser des grottes obscures. Ce périple n’a rien d’ordinaire : la traversée dure trois ans.

Une autre légende raconte qu’une biche guide le roi de France et son valet à travers l’ouverture d’un petit monticule situé dans une prairie. Après une longue marche souterraine, ils atteignent un pays radicalement différent de celui qu’ils ont quitté. Dans cet univers :

  • les plantes et les animaux sont méconnaissables
  • le soleil brille avec une intensité nouvelle
  • l’air est plus pur et délicatement parfumé

13. Les cirques du Valais et des fées

Dans le Valais, au-dessus du village de Verbier, dans la vallée de Bagnes, s’étend un vaste cirque de prairies parsemé de nombreuses cavités. Ces excavations, particulièrement nombreuses et souvent de petite taille, présentent une profondeur que nul ne semble avoir cherché à mesurer. Leur forme intrigue : après un léger entonnoir recouvert de verdure, leur centre s’enfonce verticalement, comme un tube taillé dans le plâtre. Elles seraient habitées par des fées.

Une légende locale raconte l’histoire d’un paysan devenu veuf, chargé d’élever seul ses cinq enfants en bas âge. Obligé de travailler à l’extérieur, il les laissait chaque jour à la maison. Un soir, en rentrant, il fut stupéfait de découvrir son foyer en parfait état. Les enfants étaient lavés et peignés, leurs vêtements raccommodés, la vaisselle propre, le repas du soir prêt à être servi. Il pensa d’abord à l’aide discrète d’une voisine, mais le lendemain, constatant le même phénomène, il interrogea ses enfants. Ceux-ci lui révélèrent qu’une toute petite femme, douce, charmante et agile, venait s’occuper d’eux. Intrigué, le paysan décida de rester chez lui pour rencontrer cette mystérieuse bienfaitrice. Lorsqu’elle apparut, comme les jours précédents, il lui parla. Peu à peu, elle accepta de l’épouser, à une seule condition : qu’il ne la nomme jamais Fée. L’homme respecta longtemps sa promesse, et leur vie commune fut heureuse.

Un jour, alors qu’il s’était rendu à Martigny, sa femme coupa le blé du champ, bien qu’il ne fût pas encore mûr, et le mit à l’abri dans la grange. À son retour, surpris et contrarié, le paysan ne put s’empêcher de la gronder… en l’appelant Fée. Le lendemain matin, une gelée dévastatrice détruisit toutes les récoltes de la vallée. Pourtant, un seul champ fut épargné : celui dont le blé avait été coupé la veille, désormais arrivé à maturité. Mais la fée avait disparu. L’homme ne la revit jamais.

14. Les citernes et les Basa-Jaun basques

Dans le Pays basque, certaines excavations naturelles sont connues sous le nom de citernes. Ces enfoncements du sol, à l’ouverture généralement circulaire, intriguent par leur taille et leur structure. Bien que les descriptions restent imprécises, les traditions rapportent qu’elles seraient suffisamment vastes pour contenir de véritables châteaux. Situées sur les flancs des montagnes, ces cavités peuvent se prolonger en longues galeries souterraines, avant de déboucher sur une autre ouverture éloignée de l’entrée principale. Leurs parois, relativement inclinées, permettraient d’y circuler et même d’en sortir sans grande difficulté.

Ces lieux souterrains étaient, selon la tradition, habités par des figures masculines appelées Basa-Jaun, littéralement « seigneurs sauvages ». Redoutés par les habitants des environs, ces êtres étaient réputés pour leur comportement dangereux, en particulier envers les femmes. On les accusait de les guetter pour les enlever et les retenir dans leurs demeures souterraines.

L’un de ces Basa-Jaun, nommé Ancho, surprit un jour une bergère qui gardait son troupeau près d’Elhorta. Il l’enleva et l’emmena dans sa citerne, où elle demeura quelque temps. Plus tard, elle fut aperçue au « trou d’Ancho », situé à deux lieues de là, à l’extrémité de la cavité. Les habitants de Béhorléguy remarquèrent qu’elle passait son temps à arranger les cheveux du seigneur sauvage. Décidés à la délivrer, ils se rendirent sur place munis d’une croix et d’objets sacrés. Grâce à cette intervention, ils réussirent à la libérer. Mais au moment de partir, Ancho — contraint de céder à une puissance supérieure — lui donna un dernier conseil : regarder derrière elle en arrivant chez elle. Elle obéit… et tomba aussitôt morte.

Une autre histoire évoque un Basa-Jaun ayant enlevé une jeune fille à sa famille. Tous deux vivaient dans un château magnifique, au fond d’une citerne. Chaque matin, à la lueur d’une chandelle, la jeune femme remontait à l’entrée pour peigner ses cheveux. Un berger, l’ayant aperçue, en tomba amoureux. Après avoir raconté son histoire à ses compagnons, ils décidèrent ensemble de la délivrer. Lorsqu’il lui parla, elle confirma avoir été enlevée et vivre là contre sa volonté. Ils établirent alors un plan : le lendemain matin, à une heure précise, elle se tiendrait à l’entrée de la citerne. Elle tint parole. Profitant du sommeil du Basa-Jaun, elle s’enfuit avec le berger, quittant définitivement sa captivité.

15. Les précipices hantés

Une dame blanche, dessin de Folklore Dracques

En Franche-Comté, les gouffres, crevasses ou précipices difficiles d’accès, étaient souvent présentés comme hantés, notamment pour dissuader les enfants de s’en approcher. Les récits transmis par les anciens entretenaient cette peur, mêlant prudence et imaginaire.

Dans le communal de Latette, une apparition étrange aurait été observée à plusieurs reprises. Le dimanche, au moment de l’élévation, un grand seigneur à cheval descendrait du ciel, porté par un nuage. Il survolerait alors l’abîme avant de s’y précipiter. Un détail troublant revient dans les témoignages : ce personnage posséderait un pied de bouc.

Parfois, une autre figure apparaît au bord de ces précipices : une belle dame blanche. Elle s’y promène, joue près du vide… puis finit par s’y jeter. Pourtant, lorsque l’on descend au fond de la crevasse, aucune trace de chute n’est jamais retrouvée, renforçant le mystère qui entoure ces apparitions.

Près d’Amancey, un gouffre profond attire également l’attention. Habituellement sec, il se remplit d’eau lors des grandes pluies. Mais selon la tradition, il ne contient pas seulement de l’eau. À certaines périodes, notamment la veille des grandes fêtes, ce gouffre se peuplerait de lutins invisibles. Ceux-ci produiraient un bruit particulier, semblable au roulement d’une caisse. C’est ce phénomène qui aurait donné à ce lieu le nom de Tambourin. Ces lutins, dit-on, manifesteraient ainsi leur colère à l’approche des célébrations humaines.

16. Les mardelles

Une mardelle, forêt de Saint-Hubert, Lorraine

Le sol est parfois marqué par des excavations à ciel ouvert, dont certaines sont réputées d’une profondeur impressionnante. Bien qu’elles ne mènent pas directement au monde infernal, ces formations naturelles nourrissent depuis longtemps l’imaginaire collectif. Elles prennent souvent l’apparence de puits gigantesques ou de fissures considérées comme insondables.

Dans les croyances locales, ces ouvertures ne sont pas de simples accidents du relief. Les habitants des environs y situent la présence d’êtres surnaturels. Par crainte de croiser ces génies — qui habiteraient ces profondeurs ou en garderaient l’accès — beaucoup évitent de s’en approcher au crépuscule et parfois même en plein jour Certaines formations, comme les mardelles, ne s’enfoncent pourtant que de quelques pieds dans le sol. Malgré leur faible profondeur, elles font l’objet de croyances similaires.

Dans le Berry, les paysans regardent certaines mardelles avec une véritable crainte superstitieuse. Ces formations intrigantes, visibles notamment aux environs de Châteauroux et d’Issoudun, ont suscité à la fois l’intérêt des savants et l’imaginaire populaire. Un archéologue les décrit comme de nombreuses excavations en forme de cônes renversés, aux contours si réguliers qu’elles semblent avoir été façonnées par la main de l’homme. La tradition les considère d’ailleurs comme très anciennes. Les mardelles présentent plusieurs particularités étonnantes :

  • l’eau de pluie ne s’y accumule pas, malgré un sol argileux
  • aucune trace des déblais extraits n’est visible à proximité
  • leur structure suggère qu’elles ont été creusées volontairement

Ces cavités, aussi appelées margelles ou simplement marges, ressemblent à de véritables puits dont l’origine reste mystérieuse.

Certaines mardelles sont particulièrement redoutées, au point que les habitants évitent de s’en approcher la nuit. Plusieurs portent des noms évocateurs, comme : Trou aux Fades, Fosse au Loup ou Crot du Diable. Selon les croyances, ces lieux deviennent alors des points de rassemblement pour des êtres surnaturels : fées, sorciers et loups-garous. Dans la commune de Saint-Pierre-de-Jards, où l’on compte quatorze mardelles, l’une d’elles serait même visitée par le diable. Celui-ci s’y promènerait à certaines périodes de l’année dans un grand carrosse tiré par six chevaux noirs, crachant du feu par les naseaux. Figure dominante de ces légendes, le diable a donné son nom à plusieurs de ces sites, notamment le Crot du Diable à Venesmes, dans le Cher.

Toutes les histoires liées aux mardelles ne sont pas aussi sombres. À Allouis, dans le Cher, une fée apparaissait autrefois au clair de lune près du Trou à la Fileuse, également appelé Crot à la Brayeuse. On y entendait un bruit régulier, semblable à celui produit par les femmes battant le chanvre dans les cours de ferme. Ce rythme mystérieux renforçait l’impression d’une présence invisible, active dans l’obscurité.

Certaines mardelles sont également associées à des traditions religieuses. Un pèlerinage annuel se déroule ainsi à la Mardelle sainte, où reposerait sainte Fauste. Selon la légende, après le vol de ses reliques conservées dans l’église paroissiale, les ravisseurs furent frappés de douleurs atroces. Ils abandonnèrent alors le corps de la sainte, qui se releva et alla d’elle-même s’ensevelir au fond de la mardelle.

Comme beaucoup d’autres lieux de nature mystérieuse, certaines excavations renferment des trésors : les fées ont déposé leurs richesses dans plusieurs puits très profonds d’une plaine des environs de Dieppe ; elles y apparaissent souvent, et dansent auprès pour charmer leur veille. Un veau d’or a été caché dans une sorte de mardelle, en partie comblée, appelée Puits à la Dame, en Saint-Moré près de Vézelay.

On sait que, suivant de nombreuses légendes, les cloches qui gisent au fond des eaux se font entendre à certaines époques de l’année ; il est plus rare que ces carillons sortent de dessous le sol lui-même : cependant en Vendée les cloches d’une église engloutie sous la terre dans des circonstances aujourd’hui oubliées, se mettent à sonner à minuit, le jour de Noël.

17. Contes où des héros descendent dans le monde souterrain

Les récits situés dans l’univers indéterminé de la féerie évoquent eux aussi des excavations permettant d’accéder à un monde souterrain. Dans ces histoires, ce monde caché se trouve à une distance variable de la surface, mais il est le plus souvent enfoui très profondément sous terre. Cette idée apparaît déjà dans un conte littéraire de la fin du XVIIe siècle :

Dans Gracieuse et Percinet, de Mme Marie-Catherine d’Aulnoy, la fée Grognon, voulant se débarrasser d’une jeune fille dont la beauté lui déplaît, fait creuser dans un jardin un trou aussi profond qu’un puits, qu’elle recouvre d’une lourde pierre. Lors d’une promenade, elle attire Gracieuse et les autres personnages près de cette ouverture cachée. Tandis que tous s’emploient à soulever la pierre, la fée pousse brutalement la jeune fille dans le vide. Mais au lieu de mourir, celle-ci découvre une petite porte qui s’ouvre sur un beau jardin, au cœur duquel se dresse le château des fées.

D’autres contes, connus à travers plusieurs versions populaires, reprennent ce motif de la descente souterraine. Dans ces récits, des aventuriers s’installent souvent dans un château qui paraît abandonné. Partant à la chasse, ils laissent l’un d’eux garder la cuisine. Celui-ci est alors attaqué et humilié par un nain d’une force prodigieuse. Finalement, le plus courageux et le plus rusé des compagnons parvient à vaincre le petit être malfaisant. Mais celui-ci disparaît aussitôt sous terre, à l’endroit même où se trouve une grosse pierre. Une fois cette pierre soulevée, les héros découvrent un trou béant. Ils tentent d’y descendre à l’aide d’un câble. Parfois, la profondeur est telle qu’il faut dérouler la corde pendant sept jours et sept nuits avant d’atteindre le fond. Certains récits précisent aussi que des puits creusés de main d’homme donnent accès à ce monde enfoui, comme le rappelle Paul Sébillot dans les Contes de la Haute-Bretagne (Vannes, 1892). Seul celui qui persévère, tandis que les autres, effrayés, demandent à remonter, atteint finalement le fond. Il découvre alors une immense caverne ou un véritable microcosme, comparable à ceux que révèlent parfois les grottes terrestres ou maritimes.

Dans un conte breton, un roi trompé par un imposteur ordonne à son filleul de descendre dans un puits dont personne n’a jamais pu atteindre le fond. Le jeune homme est installé dans un panier, puis lentement descendu. Après douze heures de descente, il arrive dans un beau jardin rempli de fleurs, où se promène un vieillard. Celui-ci lui donne alors des conseils précieux pour la suite de son aventure.

D’autres récits merveilleux font apparaître des accès souterrains dissimulés dans la pierre elle-même. Dans l’histoire de la fille qui se maria à un mort, le père de l’héroïne frappe deux coups en croix avec une baguette. Aussitôt, le rocher s’ouvre. Son beau-frère apparaît, l’invite à le suivre, et tous deux s’enfoncent profondément sous terre jusqu’à parvenir à un château magnifique.

Dans un autre récit appartenant à la série des Voyages vers le Soleil de François-Marie Luzel, un cheval magique frappe du pied une dalle posée sur deux blocs. La pierre bascule alors et révèle l’entrée d’un souterrain. Le cavalier descend de cheval et s’y engage. Après une longue traversée dans l’obscurité la plus totale, il aperçoit une lumière. En poursuivant sa descente, il découvre un monde extraordinaire, éclairé par un soleil de cristal suspendu dans un ciel de cristal, où s’élève un château de cristal.


Références :

Croyances, mythes et légendes des pays de France, Contes de la Haute-Bretagne (Vannes, 1892), Paul Sébillot

La légende de sainte Fauste, saint-fauste.fr

Gracieuse et Percinet, Mme Marie-Catherine d’Aulnoy

Voyages vers le Soleil, François-Marie Luzel